COUP D’ŒIL SUR LE MÉTIER D’ACCORDEUR DE PIANO…..

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Il fait très chaud en ce vendredi 7 aout sur Lille. J’ai donné rendez vous à mon invité à l’ombre de la terrasse du café « Ozanam », avenue du peuple belge à Lille (59)…..

Je connais Alain VERSTREPEN depuis longtemps et j’ai immédiatement pensé à lui pour vous présenter le métier d’accordeur de piano, mais aussi l’homme. Il est attachant un vrai « Chti », déconneur, et on peut le dire « un vrai gentil ». C’est un homme affectueux et bon.

Alain est un homme courageux qui ne se plaint jamais. N’ayant pas le permis, il va de client en client par les transports en commun avec ses outils de réglage.

C’est amusant car je le connais bien et je suis presque impressionné de l’interroger sur son métier et sa vie…

Chtijazz : Alain,  peux tu te présenter ?

Alain : J’ai 55 ans, marié, un enfant. Je suis malvoyant depuis ma naissance. Ma vue est partielle….presque nulle. Je suis enseignant de l’éducation nationale dans une école d’accordeurs de piano à ERDV Pleyel de Loos-lez-Lille (59), accordeur moi-même depuis 1979, et depuis 2009 pour le compte d’une enseigne de la métropole Lilloise, mais je suis aussi musicien.

J’ai été à mon compte pendant plusieurs années mais je n’étais pas fait pour être patron.

Je viens d’une famille de musiciens, papa accordéoniste, maman les percussions, mon frère Bruno est batteur, Christian est Saxo (et 1er prix du conservatoire de Paris) et Eric Tambour major à Lomme (59). C’est donc très jeune que je me suis mis à faire des bals à l’époque.

Chtijazz : Comment es tu arrivé au métier d’accordeur ?

Alain :    Je suis malvoyant de naissance. Je vis avec une maladie orpheline…..C’est comme cela.

J’ai été scolarisé dans une école pour aveugles et on m’a proposé cette formation d’accordeur réparateur de piano. J’ai dit oui, baigné depuis toujours dans le monde de la musique, c’était logique pour moi. La formation était à l’époque de 03 ans. Elle est de 02 ans maintenant.

Chtijazz : Comment se passe la scolarité ?

Alain : Il y a la découverte de tous les types de piano et de leur composition technique. Ensuite les différentes méthodes d’accordage, les méthodes de réglage et de maintenance. Les cours sont théoriques et pratiques dès la première année.

Chtijazz : Y-a-t-il beaucoup de malvoyants qui s’orientent vers cette formation ?

Alain : Plus maintenant, il y a plus de biens voyants qu’avant…Ce sont la majorité des élèves.

Chtijazz : Combien y-a-t-il d’élèves ? Faut-il des prédispositions particulières ?

Alain :  7 à 8 par section et nous avons deux sections. Il ne faut pas forcément être musicien mais c’est mieux. Il faut aimer cet instrument. Pour moi, Il y a une part innée pour faire un bon accordeur. Certains ne le seront jamais. Ils quitteront en cours de scolarité d’eux mêmes.

Chtijazz : Allez, explique-moi en quoi consiste l’accordage d’un piano. Les spectateurs se demandent ce que fait cet homme avant le concert à taper sur les mêmes notes pendant de longues minutes et parfois à plonger dans les entrailles du piano ?

Alain :    Un accordage complet prend entre 1h00 et 1h30. Un piano est composé de touches reliées à des cordes. De la basse vers les aigus entre 1 et 3 cordes. L’accordeur cherche la justesse, et plus il progresse vers les aigus à réguler les fréquences et les harmonies (pour les touches à cordes multiples). Il existe des appareils mais ceci ne donne que la fréquence. La justesse c’est l’oreille. Suivant les instruments, il faut parfois régler « faux » pour jouer juste ou plutôt pour paraitre juste. Pour moi je pratique un métier artistique. Il faut aussi composer avec l’exigence des interprètes. Ils peuvent avoir des exigences particulières, nous sommes là pour créer l’osmose sonore entre l’artiste et l’instrument.

Chtijazz  Pourquoi le son du piano bouge ?

Alain :     Les pianos de concerts sont souvent des pianos loués pour l’occasion. Il y a sur la métropole lilloise quelques loueurs, je suis salarié pour l’un d’eux. Les pianos sont remisés en entrepôt et soumis à des variations de température. Si vous amenez un piano qui se trouve dans un endroit à 17°, sur un plateau avec des projecteurs de 3000 watts, forcément les cordes bougent. C’est pour cette raison que nous intervenons à la dernière minute, au lever de rideau. Les cordes d’un piano peuvent bouger sur 3 heures de temps.

Chtijazz:  How much pour accorder son piano, l’ami ?

Alain: 100 euros environ.

Chtijazz  Parle moi de tes souvenirs d’artistes !!

Alain :   Robert Charlebois était assez exigeant, mais j’étais jeune et peut-être moins performant que maintenant (il éclate de rire) …. Higelin, Enrico Macias, William Sheller, Nicoletta, Pink Martini… et D’Angelo le pianiste de Michel Jonasz …..Tous très sympas.

Chtijazz:  Toi qui est claviériste plutôt dans un répertoire variété et musette, quelle est ta vision du jazz et du blues?

Alain  :    En fait je me suis principalement orienté vers la variété et le musette par le hasard des rencontres. Mon approche du blues et du jazz s’est fait en accompagnant la chanteuse de jazz Emma Belpièri. Alors je dirai de façon simpliste que le jazz permet une grande liberté à l’interprète alors que le blues nous contraint plus.

Chtijazz:  Tu joues toujours actuellement ?

Alain:  Oui et je suis disponible. Il suffit de me laisser un message sur votre boite chtijazz@gmail.com

Nous remercions Alain de nous avoir accordé (oui je sais ..facile comme jeu de mot) de son temps de vacances, il peut maintenant partir se reposer jusque fin aout au soleil.

 

 

 

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