Richard GALLIANO ….Au Tourcoing Jazz Festival

 

 

…. Lorsque l’on dit concert d’accordéon, on constate souvent une mine bougon ou moqueuse. Mais lorsque vous dites concert de « Monsieur Richard GALLIANO« , c’est alors une lueur qui nait dans l’œil de nos interlocuteurs.

Mais connaissez vous  « l’accordéon » ?… Vous êtes vous demandé d’où venait cet instrument et dans quel classe d’instrument il se situe? :

 

Le Sheng,instrument de musique polyphonique religieux utilisé dans les orchestres  de cour et de théatre en Chine ancienne, est le plus ancien instrument à anche libre  connu : il est constitué d’une chambre à vent sur laquelle sont fixés des tuyaux de bambou où vibre l’anche.  On le retrouve dans le reste de l’Asie sous d’autres noms : Sompoton à Bornéo, Khène au Laos, Sho au Japon.

L’accordéon est classé dans les instruments à vent.

Le Tourcoing Jazz Festival qui, au fil du temps, s’est forgé une solide réputation, y compris à l’international,  va balayer une nouvelle fois tous azimuts et soulever certainement un tas d’émotions, parfois contradictoires. Il est certain que cette nouvelle saison ne laissera pas les amateurs de jazz insensibles, et bien au-delà tous les amoureux de la musique… de la bonne musique. Les curieux seront comblés, car il est certain que, de GALLIANO, en passant par Ben l’Oncle Soul, jusqu’a China Moses, il y a du grand écart dans l’air, et parfois aucun point commun… Quoi que ?!!! Le jazz ??  la passion certainement.

Ca y est, le chapiteau du Magic Mirror est dressé, il n’y a plus qu’a fermer les yeux, et vous laisser emporter au gré du programme concocté par Eliane Coudyser (Présidente), Yann Subts (Directeur de l’association culturelle tourquennoise), Patrick Drehan (Directeur artistique)

Le programme 2017, vous le retrouverez sur Chtijazz.com : http://chtijazz.com/?p=462

Pour Chtijazz.com, cette nouvelle saison débute au Colisée de Roubaix, ce dimanche 15 Octobre 2017, à 18h00, avec le concert de Richard GALLIANO. Nous sommes allés à la rencontre d’un des meilleurs accordéonistes de jazz mais pas seulement … Mais d’ailleurs, qu’en pense-t-il, lui ?

Richard GALLIANO qui est-il  ?

Richard GALLIANO est né le 12 décembre 1950 à Cannes (06). C’est par son père, accordéoniste,  que lui a été transmis la passion de la musique. Ce franco-italien a d’abord étudié l’accordéon dès l’âge de 4 ans. Il prendra des cours avec Claude Noel, puis ce sera le conservatoire de Nice…. Piano, trombone, harmonie, contrepoint

.Richard Galliano va découvrir le jazz par l’intermédiaire du trompettiste  Clifford Brown.  GALLIANO s’intéresse par la suite aux accordéonistes spécialistes du jazz tels Tommy Gumina, Sivuca,… C’est le premier accordéoniste français qui supprimera les frontières entre le jazz et le répertoire traditionnel  de l’accordéon. Il n’aura de cesse de mélanger les genres tout au long de sa carrière.

En 1973, il rencontre le regretté Claude Nougaro. Il sera son chef d’orchestre jusqu’en 1983. Il lui composera : Allée des brouillards, Vie violence… Les collaborations vont s’enchainer à un rythme incroyable….C’est Astor Piazzolla qui lui conseillera d’inventer le « new musette » et il y aura aussi Gainsbourg,  Brigitte Fontaine, Charles Aznavour, Juliette Gréco, Ron Carter, Martial Solal, Michel Petrucciani, Michel Portal, André Manoukian, Bobby Mc Ferrin. Nous sommes impressionnés par toutes ces collaborations, par ces horizons parfois tellement différents.

La « Deutsche Grammophon » lui signe un contrat d’exclusivité en 2010. Il enregistre dans la foulée un album consacré entièrement à la musique de Jean-Sébastien Bach. En avril 2013 est paru son dernier album « Vivaldi », album consacré aux Quatre Saisons.

Nous nous rendons compte qu’il est sur tous les fronts : Jazz évidemment, classique, musique de films, à l’image du CD avec Wynton Marsalis « From Billie Holiday to Edith Piaf« … Encore un grand écart… Quoique……

Questions à Richard GALLIANO

Nous venons d’assister à la fin de la balance et immédiatement, nous nous retrouvons dans la loge de Richard GALLIANO. Nous connaissons la biographie de notre cible par coeur, et nous sommes très impressionnés. Au fil de notre rencontre nous nous disons qu’il y a quelque chose en cet homme de Claude Nougaro…. Les gestes, la voix, le calme, la gentillesse…  bref quelque chose

Richard GALLIANO est assis, décontracté… et disponible. Il nous demande même comment nous voulons procéder….Nous nous installons dans un canapé… Ici, rien de clinquant. Il n’a visiblement aucune exigence.

QUESTION : Nous avons lu beaucoup de choses sur vous et connaissons bien votre biographie. Vous parlez peu de votre histoire et de votre enfance.  Je sais que vous avez appris  la musique sous l’impulsion de votre papa. Etait ce quelque chose d’heureux d’apprendre la musique étant enfant ?

REPONSE: Oui, c’était spontané, je voulais faire comme mon père. Je voulais imiter mon père. Je m’amusais à l’imiter avec des petits accordéons en papier. J’avais très envie. C’était l’image du père… Il joue toujours vous savez, il a 91 ans. ( nous remarquons l’œil de l’enfant admiratif…). il joue l’accordéon à touches piano, le bandonéon, le piano aussi. J’ai eu envie de faire comme lui. Je ne sais pas si j’étais plus doué que les autres ???  Mais j’avais très envie.

Richard GALLIANO va nous parler d’une interview de BREL qui l’avait marquée, où il disait que l’important était d’avoir envie…. envie de partager…. Moi j’avais envie de faire comme mon père.  Il m’a donné le gout de la musique au travers de l’accordéon.

QUESTION : L’accordéon est un instrument imposant pour un enfant, vous n’aviez pas peur ??

REPONSE : Non…non, j’avais ces fameux accordéons en papier et ensuite un accordéon « jouet » que j’ai toujours d’ailleurs.  Vous le retrouverez sur le disque sur Mozart, je l’ai pris en photo. C’est quand même mon instrument principal, même si j’ai joué beaucoup de trombone et du piano, du bandonéon. Je reviens toujours à l’accordéon.. c’est même  un besoin physiologique chez moi comme me nourrir, dormir… Je viens de prendre, pour la première fois, un mois de vacances et j’avais des moments de blues et de fatigue, et à chaque fois que je prenais l’instrument je rechargeais les batteries.

QUESTION : Que pensez vous de l’image que véhicule l’accordéon… image un peu vieillotte ?

REPONSE :  C’est un vaste sujet. L’accordéon a été un instrument très populaire. Il y avait des accordéonistes magnifiques dans les années 40…. Tony MURENA, JOE PRIVAT, … et bien d’autres. Ils faisaient de la très bonne musique avec notamment Django RHEINHART avec des choses plutôt jazz. Il y avait aussi des concertistes comme Freddy BALTARD, également organiste à Paris. Il y avait un engouement du public.  Pierre DAROUX disait tous les pays s’approprient l’accordéon comme l’instrument national. Vous allez au Brésil c’est l’instrument le plus populaire. C’est d’ailleurs la base de la musique brésilienne.  Vous trouvez également des accordéonistes extraordinaires en Bulgarie, en Roumanie…  En France, il y a eu un rejet autour des années « 60 » lorsque le rock n’ roll est arrivé. Les yéyés ont voulu imiter maladroitement  les américains. Ils ne s’apercevaient même pas que des chanteurs comme Bill Alley, comptait parmi ses musiciens, un accordéoniste qui jouait dans le style Boogie Woogie. Chez Duke Ellington également il y avait un accordéoniste…. Accordéon « Joé ». J’ai subi cela pendant mon adolescence.  J’ai voulu néanmoins remettre cet instrument à sa place, mais je n’ai pas été le seul accordéoniste vous savez…. il y a eu Marcel Azola, Joe BASELLI qui était de Somain (59),  André Astier. Il y avait André VERCHUREN… ce n’était pas mon préféré, mais je le citais car il avait une présence sur scène. Il jouait debout et se battait avec son accordéon. D’ailleurs, je dois être le seul à jouer debout. Tous les jeunes jouent assis. Il faut dire que la mode conduit les musiciens à jouer avec des accordéons très lourds…17, 18 kilos.. Moi je suis plus à l’aise à jouer debout, cela m’aide à phraser. Il y a aussi l’image pour les spectateurs…il faut être dynamique.. Dans le mot « accordéon », vous pouvez  le rapprocher du mot « corps ».  L’accordéon, vous le tenez sur les tripes, sur le cœur.

QUESTION : Vous avez été influencé, parait – il, par Clifford BROWN ?

REPONSE: Oui et d’autres ,Errol Garner, Bill Evans, Ellington…mais aussi les valses de Chopin, Debussy, plein d’autres choses. Je reste comme un petit garçon admiratif de tout. Il y avait un accordéoniste américain que j’ai beaucoup écouté .. Art Van damme, qui était d’origine néerlandaise. Il jouait la musique de sa terre..américaine, les standards du jazz. Nous, en France, le musette est la musique de notre terre.  Elle fait partie de notre patrimoine. J’ai fait beaucoup de choses différentes mais je reviens  aux valses musettes.

QUESTION : On vous entend sur pleins de registres différents.. mais qu’aimez vous ?

REPONSE : J’aime toute la musique, mais en vieillissant on a plus la même manière de voir la vie. J’arrive à 67 ans et je me dis, dans 13 ans, j’aurai 80 ans. Je dois arrêter de me disperser. Je me suis enrichi musicalement, mais maintenant,  je me suis aperçu que, ce que je joue le mieux, est ce que j’ai écrit. J’ai appris à faire des chansons avec Claude Nougaro… Il était entouré de musiciens extraordinaires comme Maurice Vander. La première fois où Claude m’a passé des textes, je ne savais pas comment faire, ni comment commencer.  Pour des morceaux comme « Des voiliers, « vie violences », j’ai écrit la musique et Claude les paroles après.  Pour « Allée des brouillards, il m’a donné le texte, et j’ai fait la musique après.  Avec Barbara, ce fut aussi une belle expérience.. Lili passion que l’on vient de ressortir 32 ans après… Greco aussi. Ce sont des gens qui m’ont appris beaucoup.

QUESTION : Quel est votre regard sur la scène jazz actuelle ?

REPONSE :  (…) Il y a des très bons musiciens.. mais il y a le système des maisons de disques, des agents..il y a le système.  Il y a une jeune trompettiste « Lucienne« . Elle a 17/18  ans. J’ai un peu peur pour elle.  C’est bien ce qu’elle fait, c’est une pure.. elle aime Chet Baker.. Elle est prise par cette mode qui consiste à s’emparer des jeunes prodiges, peut-être trop rapidement. Ce n’est pas bon d’avoir le succès trop tôt. Moi, j’ai attendu l’âge de 40 ans. Avant cela, j’étais dans l’ombre des artistes.  Il faut faire son parcours, même si certains s’en sont très bien sortis comme Didier Lockwood. Il a été tout de suite leader, mais c’est une rare exception. Maintenant le jazz actuel, je vais vous faire une confidence, je n’en n’écoute pas beaucoup. J’écoute surtout les artistes morts. C’est une façon de continuer à les faire vivre.  Pour moi ils ne sont pas morts. J’aime quand même des actuels comme Kurt Elling… j’aime les gens modernes, mais il faut que j’y retrouve l’héritage  du passé; On retrouve cela chez  les américains, les scandinaves aussi. Ils ont gardé cet héritage de l’époque « swing », Be bop… Pour le reste c’est un peu trop cérébral.

QUESTION  : N’est ce pas du à la formation.. c’est d’ailleurs une question que mon ami Fred GIEZEK (qui est le bassiste avec lequel je travaille) voulait vous poser ?

REPONSE :  Les jeunes sont tous d’un niveau fantastique sur le plan connaissance et technique. Que ce soit en jazz ou en classique… Avant les musiciens apprenaient sur le tas. Cela ne les empêchait  pas d’arriver à des très hauts niveaux. Je pense à Maurice Vander pour la France, et bien d’autres. Ce sont des musiciens qui apprenaient en écoutant des disques. Daniel Humair me disait qu’il avait essayé d’imiter des batteurs américains et avec des défauts qui ont forgé sa notoriété. Les musiciens sont peut-être moins reconnaissables maintenant.  Quand vous écoutez Bill Evans, Eroll Gardner, Peterson, Coréa, Herbie Hancock, vous les reconnaissez tout de suite. Les nouvelles générations, ils jouent tous un peu pareil… mais il faut laisser le temps au temps ; d’ailleurs il y a un phénomène dans le classique, les musiciennes arrivent en minijupes pour se démarquer et  sortir du lot. Nous ne savons plus très bien  si nous n’avons pas à faire à un numéro de striptease.

QUESTION : Quelle est la récompense qui vous a fait le plus plaisir ?

REPONSE : Le prix de la Sacem pour la meilleure œuvre pédagogique que j’ai faite avec mon père. C’était un aboutissement de son travail. Le travail de toute une vie. Cela m’a beaucoup touché.

QUESTION : A quoi rêve Richard Galliano ?

REPONSE : A des vacances, une vie normale. Vous savez, lorsque  l’on me plaint, parce que je voyage beaucoup et  que j’enchaine partout dans le monde des dates, je réponds que cela est facile pour moi. Je suis pris en charge, je n’ai pas à me plaindre. La souffrance est ailleurs, chez les personnes au quotidien, et je pense aux gens pour qui la vie quotidienne est difficile. Je voudrais revenir à une vie normale, m’occuper de mes enfants, mes petits enfants. Je pourrais consacrer mon énergie  à écrire de nouveau.

QUESTION :  Ma dernière question est technique. Vous avez étudié le contrepoint. S’agit-il d’un style musical comme pouvait le dire Glen Gould, ou  pour vous d’une technique musicale ?

REPONSE : Lorsque vous écoutez des arrangements pour Big Band de Quincy Jones, on voit qu’il écrit en contrepoint parce chaque partie chante. Chez Piazzolla c’est pareil, chaque partie chante. Cela sert à écrire horizontalement et non pas  » que « verticalement les harmonies. Bien sûr, il faut trouver une belle mélodie mais le contre chant doit être aussi mélodieux, et les lignes de basse aussi. Au début, je ne comprenais pas le contrepoint. J’avais l’impression de faire des mots croisés. Mon professeur me disait : « C’est comme une pommade, au début on ne sent rien, et au fur et à mesure, elle vous fait du bien. »

Soudain, on frappe à la porte de la loge. Sébastien BELLOIR , le chargé de communication pour le Tourcoing Jazz Festival ,vient nous rappeler qu’il est temps de laisser Richard GALLIANO se préparer pour le concert. Je pense sincèrement que nous étions partis jusqu’au bout de la nuit ….

Le maitre se lèvera pour prendre congés en nous disant…. » Ca fait du  bien cette psychothérapie… se laisser aller… ». Nous en serons ravis, car pour nous, une interview doit être vraie. Nous détestons et ne publions pas certains moments qui sonnaient faux qui ont pu se produire (rarement) avec certains « artistes ».

Nous filons de ce pas vers la salle de concert…. Le plein est « presque » fait avec une jauge à 1000 places. Un public de connaisseurs s’installe.  Le set va commencer par des compositions… Le premier « Spleen » nous conduira au bord des larmes d’émotion…  tellement  beau, un moment intense d’émotion…. bien sûr  nous avons à faire à un technicien hors pair…. mais il y a autre chose chez cet homme : De la générosité, de la bonté. Il se livre à vous lors d’une interview… il se livre sur scène avec une passion qui vous emporte comme un tsunami.

La présentation du concert va être réalisée par La sémillante Mélaine Achiba (Déléguée Générale de Jazz en Nord) et Patrick Dréhan ( Directeur artistique du Tourcoing jazz festival)

 

 

Il faut rendre hommage aux  complices de cette aventure : Jean-Marie Ecay à la guitare….une tuerie de précision, de douceur…. Yaro Stavi à la contrebasse très  efficace ,  en osmose avec le batteur  Jean-Christophe GALLIANO….dense mais discret… Un jeu aéré et subtil…. Quel quatuor ce New Musette 4tet!

 

Richard GALLIANO va nous faire vivre des moments d’une grande intensité :Evidemment ses compositions, et des hommages : Barbara, Nougaro… Gainsbourg pour finir le concert. Le public finira en chantant la « Javanaise » et debout pour acclamer « Le maitre ».

Alors, merci Monsieur GALLIANO, ce dimanche après-midi ,nous avons surfé sur une vague que l’on nomme bonheur. Vous êtes, sans aucun doute, un grand musicien, et d’autres l’on dit bien avant nous… Vous êtes surtout un grand homme.

 

Sa discographie est impressionnante et tellement riche:

 

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