« Biscuits and Blues » à San Francisco – Rencontre avec le Bluesman Alvon Johnson

En cet été 2017, nous voilà de retour aux Etats-Unis, avec cette fois, un périple dans l’ouest américain. Ce voyage n’est pas d’office placé sous le signe de la musique, comme a pu l’être évidemment celui à la Nouvelle Orléans, Memphis, ou Nashville, mais vous le savez, Chtijazz.com est toujours à la recherche de « bon son » à aller écouter.

 

Mercredi 28 juin, nous nous trouvons à San Francisco (Californie) depuis quelques jours. Nous sommes arrivés en pleine « Gaypride ». Une ambiance de folie y règne, cortèges multicolores, musique…. Ici règne une ouverture d’esprit devenue rare dans notre société.  San Francisco reste  une ville hyper active. Nous sommes allés arpenter le quartier de « Fishermans Wharf », où à (presque) chaque coin de rue, vous y découvrez des musiciens qui font le show… Mais ne vous avisez pas d’y assister sans laisser quelques dollars, et ce n’est que normal. Nous pouvons affirmer y avoir rencontré du « Top level » .

Ce fût aussi la découverte de « The Saloon »  1232 Grant Ave, San Francisco, CA 94133-3910 : Le plus ancien saloon de la ville. Au moment de notre passage, nous assistons à une scène ahurissante. Des musiciens de blues y font un show de dingues… Se trainant par terre sur toute la longueur du bar jusqu’à la sortie, pour refaire le chemin inverse… Mais ici pas question de prendre de photos ou d’enregistrement… sinon tu vires.

Pour notre soirée, nous avons  jeté notre dévolu sur le club « Biscuits and Blues », qui se trouve à peine à 10 minutes de marche de l’hôtel, et qui est l’un des plus réputés de San Francisco, quelle chance ! Comme son nom l’indique, ce soir, ce sera donc du blues, avec un certain Alvon Johnson…..

Laissez nous vous le présenter avant tout !

Alvon est un black baraqué, aux chemises hawaïennes, qui vous regarde droit dans les yeux et vous jauge au premier coup d’œil…. Notre rencontre va le démontrer.

Très tôt influencé par les guitaristes Wes Montgomery, Andre Segovia, Charlie Christian, et Jimi Hendrix, et les chanteurs Frank Sinatra, Joe Williams, Johnny Hartmann et Nat King Cole, Alvon décide qu’il deviendra guitariste chanteur. Johnson a toujours su qu’il voulait vivre de la musique mais au départ il pense enseigner. Il fait donc l’Université de L’Oregon à Los Angeles. Il fréquente alors la classe de jazz de M. Hood, l’une des meilleures classes de jazz de l’ouest américain. C’est là qu’il décide qu’il fera une carrière de musicien. Il démarre dans les années 70 avec les musiciens du groupe du Rock and Roll of Fame «  Les coasters », qui connaissent à l’époque un certain succès, notamment avec les titres « YakketyYah » et « Charlie Brown ». Alvon découvre aussi à cette époque la dure réalité de son pays, le racisme, le Ku Klux Klan, « J’étais le seul noir à me produire dans les orchestres de la région, parfois on ne voulait même pas me laisser franchir la porte de certains clubs…Encore de nos jours, avoue il, le racisme est bien présent dans certains endroits, mais je préfère ignorer la stupidité de certaines personnes…..

Depuis son aventure d’une décennie avec « Les Coasters », Alvon Johnson parcourt le monde, dans un premier temps, avec des reprises de jazz et accompagné de big bands, puis s’orientant plutôt vers le blues avec des formations plus petites. Alvon est devenu un guitariste et chanteur de blues renommé et respecté. Il tourne régulièrement en Espagne, Afrique, Hongrie, Portugal, Pologne, Malaysie, Chine, France, Italie, Japon, Nouvelle Zélande, Canada, les Bahamas et l’Australie. Mais c’est en Russie, où il est une véritable star, il retourne régulièrement. Dans ce pays, il est élevé au rand de « King of the blues » et ambassadeur du blues. De ces propres mots, il considère être traité et adulé comme un tsar.

Aux  USA, il a reçu de nombreuses distinctions :

*Music Icon award from the black music association in 2015

*Best male blues artist from the black music association in 2015

* guitariste de blues de l’année 2005

*lauréat du concours de musique « king of the blues »national contest en 2006 et 2007

*son CD «  the blues grew up » a été nominé pour le meilleur album de blues en 2004. Cet album est arrivé dans le top 10 des albums tous genres confondus, au Japon en 2005.

*son CD »Guitars and Cars » est arrivé dans le top 10 en 2008, dans la revue prestigieuse « Real blues ».

Mais revenons sur notre rencontre avec ce phénomène le 28 juin dernier…..

Il est 17 heures, nous nous rendons donc à l’accueil du club afin d’acheter nos places. Nous sommes accueillis par la guichetière, qui est très aimable, répond à toutes nos questions, et nous confirme qu’Alvon Johnson se produit bien ce soir, à deux reprises, un concert à 19 heures et un à 21 heures….

Et oui aux USA  nous l’avions déjà constaté dans les clubs, les artistes enchaînent 1,2,… voir 3 gigs dans une soirée.

Nous optons pour le concert de 19 heures. 20 dollars par personne pour le concert,  puis ensuite aucune obligation ni de boire un verre, ni de manger (A noter que nous sommes mercredi soir, les concerts des vendredi et samedi soir sont eux assortis d’une obligation de dîner sur place).

Nos billets en poche, nous retournons à l’hôtel souffler un peu…….

Il est 18h30, nous arrivons à la porte du club, il n’y a pas foule…..nous retrouvons la guichetière qui nous indique, avec un large sourire,  qu’il nous faut descendre l’escalier pour rejoindre la salle de concert. Nous nous engouffrons par un escalier en colimaçon pour aboutir dans une salle sombre et confortable.

Nous sommes réceptionnés par une charmante jeune femme qui nous place exactement là où nous le souhaitons, c’est à dire juste en face de la scène, au premier rang. Les zicos arrivent avec leurs matos… ici (comme dans tous les clubs aux USA) pas de techniciens pour vous aider….. Pas question de jouer les vedettes. Nous assistons à la balance des musiciens, dans une ambiance bonne enfant entre eux, mais professionnelle, à l’américaine.

Nous décidons de manger sur place. Bien souvent, dans les clubs, le repas est très cher et la portion ridicule ; « Le Biscuits and Blues » ne déroge pas à la règle. Nous avons commandé 2 « combos », spécialité de la Nouvelle Orléans, à 15 dollars l’unité, et nous sommes retrouvés avec deux petits raviers ridicules qui en trois coups de cuillère ont été avalés !! Bref…..

L’heure tourne, le club se remplit …..19h00, les musiciens arrivent sur scène, et le show commence. Ce qui frappe d’emblée chez Alvon Johnson, en dehors biensur de sa grande maîtrise de la guitare et de sa belle voix, est son côté showman…. Car oui, franchement, cet homme est un sacré showman, il emporte son public, communique. Il fonce  dans la salle, parle, chante, rit, c’est un pur enchantement…..Il nous emmène vraiment dans son univers blues….., blague avec le public, raconte des histoires, son histoire, …..

Il s’approche soudain de notre table, comme intrigué, et curieusement, alors que nous ne lui avons encore rien dit, nous demande : Etes-vous musiciens ? Emma s’empresse de me « balancer » et  lui précise : « Chris est batteur » nous lisons  dans son regard qu’il va nous réserver une surprise…… notre instinct fut le bon….. Alvon enchaîne les tubes, quand soudain, il commence à indiquer au public qu’il adore tester les spectateurs qui lui ont indiqué être musicien….Il va jeter son dévolu sur Chris…..Chris se demande sur le coup si c’est « du lard ou du cochon », mais non, ce n’est pas une blague, Alvon Johnson l’invite sur scène à jouer avec lui ! Je m’empresse d’attraper l’appareil photo pour immortaliser cet instant, et c’est parti !! Quelle générosité cet Alvon, oui je crois que si je devais retenir un mot pour caractériser cet artiste, en dehors de son grand talent de musicien, serait la générosité.

 

 

 

 

 

 

 

Allez avant d’en finir, laissez vous bercer par ceci

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