TOURCOING JAZZ FESTIVAL 2016, UN MARDI PLUVIEUX .. MAIS HEUREUX

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Le temps est plutôt pluvieux ce mardi…. il va être néanmoins « heureux. Nous ne le dirons jamais assez, cette édition pour les 30 ans du festival nous émerveille.

 

subts et Bernard

Lundi soir Airelle Besson, l’étoile montante du jazz français, était en concert avec Lynn Cassier, Benjamin Moussay et Fabrice Moreau. Nous avions eu la chance de rencontrer Airelle lors d’un concert au Jazz Club de Dunkerque. Elle avait fait preuve, en fin de concert, d’une grande disponibilité pour nos questions. Ce fut pour nous l’occasion de constater que, derrière la musicienne, se cachait une jeune femme d’une grande gentillesse. Ce lundi soir, elle a été une nouvelle fois au rendez vous de son public, et a su ravir l’auditoire du Centre Culturel de Mouscron (Belgique)…. Et oui le Tourcoing Jazz diffuse et se propage ainsi même au-delà de notre frontière.

Nous nous sommes une nouvelle fois rendus à la Maison Folie Hospice d’Havré pour le concert de la saxophoniste « alto » Géraldine Laurent. Nous l’avions écrit en mai dernier , l’édition 2016 est placée sous le signe de la femme….et quelles femmes!

géraldine laurent

Géraldine Laurent est une quadra originaire de Niort, qui a commencé par l’apprentissage du répertoire classique au  piano. Jeune adolescente, elle se tourne vers le saxophone. C’est au festival de jazz de Calvi, où elle attire l’attention des médias, elle a 30 ans.  Géraldine Laurent affectionne les standards…. C’est son créneau. Elle puise son inspiration dans les répertoires de John Coltrane, Wayne Shorter et Sonny Rollins.

2006 n’est pas seulement l’année des articles de presse. Cette année là est celle des récompenses : prix « Révélation Jazz » à Juan Les Pins, et le « Django d’or du jeune talent ». En 2007, elle sort son premier CD. En 2008, elle obtient le prix de la révélation instrumentale française  aux Victoires du Jazz . Elle est récompensée la même année par le Prix Django Reinhardt « musicienne de l’année » par l’académie du jazz. Géraldine Laurent suit (comme pas mal de jazzmen) une carrière solo et une de sidewoman. On la retrouve ainsi, comme invitée,  aux côtés de Rhoda Scott, Aldo Romano, Henri Texier, Jacques Mahieux, ….

Il est 15h30 précises, je me présente au Jazz Club de Tourcoing. Un technicien me dit que Géraldine Laurent est entrain de faire une sieste et qu’il voit cela avec David Kontomanou, afféré à régler sa Yamaha custom. Moins d’une minute plus tard, Géraldine Laurent apparaît. Elle s’excuse d’être malade… elle va malgré tout se montrer extrêmement disponible et accepter de répondre à nos questions :

ChtiJazz.com : Qui vous a amenée à la musique ?

GL : Mes parents, il y avait toujours de la musique chez moi….Pas de jazz, mais de la musique tout le temps. Mes parents étaient conseillers pédagogiques, mon père en musique et ma mère en arts plastiques…. pour la petite enfance. Le jazz, je l’ai découvert grâce à mon prof de saxophone….Il a créé un département « jazz » au conservatoire, l’atelier jazz, il me faisait écouter des trucs….Et puis, il faut que je vous dise, j’étais fan de Sting..mais une grande Fan. J’aurais aimé le rencontrer. A cette époque, il a sorti un disque avec Kenny Kirkland, Omar Akim.. Sting faisait un peu de jazz au départ.

Chtijazz.com : Vous avez commencé par le piano et d’un coup le saxo… qu’est-ce qui a été le déclencheur ?

GL : …Un jour j’ai assisté à un concert avec le Big Band du conservatoire de Niort dans une école (..vous savez, je suis de Niort), et j’ai été attirée par les cuivres… pas seulement le saxo..les cuivres..Les instruments brillaient, dit-elle amusée. En fait, je n’arrive pas à savoir ce qui s’est passé. Mon père connaissait le professeur de saxophone du conservatoire et les choses se sont faites comme cela. Mes parents m’ont loué un saxophone et voilà j’avais 13 ans.

Chtijazz.com : Vous affectionnez les reprises, les standards… pourquoi ?… et la composition ?

GL : C’est vrai, je fais des reprises, il y a tellement de belles mélodies, de belles compositions, pourquoi s’en priver ? Pour ce disque là (At Work), je voulais associer toutes ses reprises et puis composer des petits bouts de choses un peu dans le même esprit finalement.

Chtijazz.com : Vous avez travaillé avec des artistes reconnus comme Aldo Romano,  Henri Texier, Rhoda Scott.. qui vous a « marqué  » le plus ?

GL : Rhoda Scott m’a invitée… dit-elle humblement…..J’ai eu la chance d’être invitée par beaucoup de musiciens, d’excellents musiciens….(Elle réflechit 2 secondes)..la réponse fuse ..Henri Texier et Aldo Romano, c’est aussi une question de temps, j’ai travaillé plus longtemps avec eux…. j’ai beaucoup appris avec eux..Je les associe tous les deux, car c’est la rythmique.

Chtijazz.com : Vous avez été primée à de nombreuses reprises, quel est le prix qui vous a le plus touché ?

GL : (Géraldine Laurent nous apparaît toute étonnée et émue de ses récompenses): Cela fait plaisir, la reconnaissance du public et de la profession….Je suis très touchée par tous ces retours positifs. Vous savez, je ne cherchais pas les récompenses, mais oui, tout ceci me fait plaisir…. Allez, celui qui m’a « touché », le prix Charles Cros parce qu’il correspond à mon disque « AT WORK ». Le CD est sorti  il y a un an, et j’ai reçu ce prix pratiquement au même moment.

Chtijazz.com : Vos rêves ?

GL : Oh lala , j’en ai plein… Aller dans mon lit tellement je suis malade (elle rit).. Non plus sérieusement : Tout un tas de choses qui ne sont pas forcément liées à la musique…Aller dans un resto où le chef est étoilé, traîner à New-York… Vous savez, un de mes rêves d’adolescente était de venir de ma province à Paris…Je l’ai fait. C’était par rapport à la ville. Non alors il y a New-York…

Chtijazz.com : Une scène à New-York.. l’Iridium, le Birdland… ?

GL : (Elle semble toute gênée comme si cette idée ne lui était pas possible)….. Oh non … non…enfin oh oui…j’adorerai

Chtijazz.com :  La 30 ème session du Tourcoing Jazz est placée sous le signe de la femme. La femme en jazz a été souvent assimilée dans l’inconscient collectif  à « Chanteuse de jazz ». On voit ces dernières années des jazzwomen émerger …. Airelle Besson.. Le jazz était (cela évolue) un milieu un peu machiste, qu’en pensez vous?

GL : ..Je ne savais pas que cette session était sous ce signe… (elle regarde le programme et réalise)..Ah oui. Je ne sais pas, tout ceci est social… et correspond à plein de milieux.. politique… mais oui, je suis le fruit des conservatoires et l’école permet de faire évoluer les choses. En classique par exemple, il y a plus de mixité…. mais il y a plus de femmes en jazz qu’en Rock…je parle pour les instrumentistes.En tout cas, si l’évolution ne se fait pas, ce sera un signe de régression que le jazz subira comme dans n’importe quel autre domaine. Vous savez moi, je joue pour le public.

Nous laisserons Géraldine Laurent se reposer avant de la retrouver à 18h30…. De retour au Jazz Club, la salle est pleine. Géraldine Laurent va enchaîner son set avec énergie et douceur. Nous n’avons pas de mal à nous imaginer, en fermant les yeux, que nous pourrions être à l’Iridium de NY….En attendant, vous pouvez toujours trouver « AT WORK (Cliquez) dans les bacs

Chet675…19H30, je file au théatre Raymond Devos pour la programmation « Autour du Chet ».

La pluie a enfin cessé….Chesney Henry Baker, Jr. dit « Chet Baker » est né en 1929… Nous sommes presque à sa date d’anniversaire pour l’hommage qui lui sera rendu ce soir. En fait, avec un plateau « annoncé « aussi fourni, je ne sais pas trop à quoi m’attendre. Comme pour beaucoup de musiciens et amateurs de jazz, j’ai toujours été fasciné par cet artiste « ange et démon »…Par cet homme tourmenté…. Combien de fois ai-je été transporté en écoutant « My Funny Valentine » ?

Je m’installe dans mon fauteuil près de la scène, la lumière s’éteint et laisse place à un « halo » de lumière blanche…. Un à un les premiers musiciens apparaissent : La chanteuse Sandra Nkake, le bassiste/harpiste Christophe Mink, Pierre François Dufour…Batteur et violoncelliste, Cyril Atef percussionniste…et batteur, Bojan Z aux claviers..Stéphane Belmondo à la trompette….Je suis immédiatement saisi d’émotion par la diffusion d’une interview avec la voix de « Chet Baker »…puis le concert démarre… Ils vont se succéder en binôme, les trompettistes : Erik Truffaz, Stéphane Belmondo,  Airelle Besson  et  les chanteuses/chanteurs : Sandra Nkake, Piers Faccini, José James et … Hugh Coltman… Celui-ci sera époustouflant par les postures, la voix…. Il ne s’agit pas d’une imitation, … Il est « Chet » le temps de son interprétation. Incroyable, en écrivant ces lignes, j’en frissonne encore.

Nos trois trompettistes vont se relayer donnant une coloration différente à chaque fois … Impossible de donner une évaluation quant au niveau …Ils sont  au « top du top » … Nous retrouvons une Airelle Besson envahie d’une grande émotion lors de sa première interprétation…. Erik Truffaz colle au jeu de « Chet », fluide, épuré. Stéphane Belmondo est un diamant, une présence, un charisme, il est envoûtant ….. Nos trois complices nous font (re) découvrir tous les effets de la sonorité de Chet Baker…. Les souffles, les  longues phrases sinueuses, sensuelles et vaporeuses. A l’inverse de sa vie, rien n’est excessif dans son style.

Nous repensons aux propos sur Chet Baker par le bassiste Ricardo Del Fra : « « Je sentais chez lui une profondeur qui me bouleversait, j’ai aussi appris avec lui le contrôle de soi-même : c’est-à-dire essayer de faire l’essentiel. La perfection, on le sait, n’existe pas. Mais lui, quand il joue, il en est très proche. Et quand on joue avec lui, il faut vraiment servir la musique et se libérer de son ego. Disons que sa virtuosité est plus magique que technique. »

Nos deux batteurs/percu/violoncellistes vont se relayer avec discrétion et efficacité…. Pas d’excès, de la précision, de l’innovation rythmique. Christophe Minck à la basse est prodigieux… habité par son jeu… Il arrive à assurer à la basse et parfois en même temps à la harpe !!!??? oui, prodigieux ce musicien!

Nous pouvons l’affirmer et ces quelques lignes ne peuvent suffire à vous faire partager ce moment de « bonheur » que nous avons vécu hier soir…. Tout était parfait… Les musiciens et chanteurs … mais aussi le son et la lumière…. cette fameuse lumière blanche…. les techniciens ont réalisé une vraie performance car l’exercice était difficile.

Chet Baker exprimait son mal être par de nombreuses transgressions qui ont fini par avoir raison de lui. Se considérant probablement comme mal aimé, il n’aurait certainement pas imaginé qu’un tel hommage puisse lui être rendu presque trente ans après sa disparition.

Alors je peux vous l’assurer….Hier soir, il était là, je l’ai vu… Il était là haut dans les cintres du théâtre…. Je l’ai vu, il était là à nous regarder…Je l’ai vu, il pleurait…. de joie.

Nous vous faisons partager ce Born to be blue : ici (cliquez)

 

 

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